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5 questions pour surmonter les maux de lhiver

Cet article est extrait du mensuel n°888 de Sciences et Avenir-La Recherche, daté février 2021.

1. Pourquoi est-on plus malade quand il fait froid ?

Plusieurs facteurs contribuent à faciliter la circulation des microbes l’hiver. À commencer par la promiscuité liée aux froides températures qui nous conduisent à passer plus de temps à l’intérieur, au contact les uns des autres. Une mauvaise nouvelle quand on sait que 80 % de ces microbes se transmettent par les mains. “La diminution spectaculaire cet hiver des cas de grippe, gastro-entérite ou même de bronchiolite atteste que des gestes simples de protection, comme le lavage des mains et d’objets partagés à l’école ou en crèche, contribuent efficacement à réduire la circulation des virus”, confirme Sidney Sebban, pédiatre et directeur médical du réseau bronchiolite Île-de-France. La virulence des infections est également liée à la résistance plus importante de nombreuses parti-cules virales avec le froid et l’humidité, alors même que nos défenses immunitaires sont carencées -et donc affaiblies. Le manque de vitamine D, qui concerne 80 % de la population (selon l’étude nationale Nutrition santé), est particulièrement préjudiciable. D’où l’importance de s’exposer à la lumière naturelle, indispensable à la synthèse de la précieuse vitamine.

2. Comment bien se soigner ?

Si les microbes attaquent plus l’hiver, compléments alimentaires et médicaments aident à faire face. Mais gare aux prescriptions mal appropriées ou supplémentations mal dosées. Pour preuve : l’abus récurrent d’antibiotiques face aux rhumes et angines. 11 millions de boîtes sont encore vendues chaque hiver selon l’Académie de pharmacie, alors que dans neuf cas sur dix… les rhumes sont d’origine virale ! Pour les angines, vous pouvez bénéficier en officine de tests -les TROD angine – qui identifient rapidement l’origine (virale ou bactérienne) de l’infection -et donc le traitement approprié. “N’hésitez pas à prendre conseil auprès de votre pharmacien, explique Martial Fraysse, de l’Académie de pharmacie. À partir de 65 ans, il est possible de bénéficier d’un bilan de médication en officine, qui permet de vérifier la pertinence et les interactions possibles entre traitements.” L’accompagnement est aussi précieux pour les supplémentations de saison : qu’il s’agisse de la vitamine D, qui peut se prendre en doses quotidiennes ou ampoules plus fortement dosées, ou du zinc, dont le dosage standard, de 15 mg par jour, peut être affiné en fonction de l’âge et du poids.

3. Quelle est la bonne température de chauffe ?

Chauffer à la bonne température les intérieurs est essentiel pour éviter d’avoir froid, mais aussi pour se préserver des chocs thermiques entre des intérieurs très tempérés et un environnement extérieur hivernal.

Ces écarts brusques de températures peuvent être à l’origine de blessures musculaires et faciliter les infections microbiennes. Au domicile, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de conserver une ambiance fraîche autour de 18 °C (jusqu’à 20 °C pour les personnes les plus âgées). Pour la chambre à coucher, l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) préconise de rester entre 16 et 18 °C, température idéale pour faciliter le sommeil profond et réparateur. Au bureau, en revanche, la température peut grimper. Des recherches conduites par l’US Army auprès de ses contrôleurs aériens ont montré qu’une pièce chauffée entre 22 et 26 °C permet une meilleure concentration. Une étude anglaise auprès du personnel d’une compagnie d’assurances a même calculé qu’en abaissant de 25° à 20 °C la température dans les bureaux, le nombre de fautes commises par les employés doublait !

4. Quelles sont les bonnes habitudes pour rester en forme ?

Face aux virus et baisses de moral hivernales, l’hygiène de vie est particulièrement déterminante. Elle commence dans l’assiette, avec des repas à agrémenter d’agrumes (sources de vitamine C et d’anti-oxydants) et d’un légume et féculent. “Les légumes peuvent être frais ou surgelés et cuisinés sous forme de soupes, salades, risotto”, détaille la nutritionniste Mathilde Gibeaux, présidente de l’association Miam.

Préservez également les repas à heures fixes qui préviennent de la tentation du grignotage. Les perturbations du sommeil, liées aux raccourcissements des jours, favorisent en effet les comportements alimentaires compulsifs. “Les études conduites auprès de personnes en travail de nuit ou à horaires décalés confirment que des déphasages persistants augmentent les pulsions et troubles alimentaires”, explique le docteur Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille.

Autre élément clé : l’activité physique, qu’il est possible de pratiquer en extérieur, à condition d’adapter son effort. Augmentez le temps d’échauffement de 25 à 30 % et hydratez-vous régulièrement pour limiter les risques de blessures – favorisées par une moindre souplesse musculaire en hiver. Veillez aussi à limiter l’effort quand le thermomètre passe sous 0 °C – une étude américaine en 2010 a montré que 50 % des coureurs manifestent alors une respiration sifflante, signe d’irritation bronchique. La pratique doit être particulièrement surveillée pour les profils à risque – asthmatiques et cardiaques. Pensez enfin à bien couvrir vos extrémités – 70 % de la perte de chaleur dans l’effort y est associée (dont 30 % rien que par la tête).

5. Comment garder le moral durant la saison froide ?

Plutôt que de faire de l’hiver la saison de la déprime avec jours raccourcis et mauvais temps, pourquoi ne pas en faire la saison de la slow-life, occasion de se donner du temps à soi et au repos ? Les activités ne manquent pas pour soigner le bien-être en hiver. L’écoute de musique augmenterait de 6 à 9 % le niveau de dopamine sécrété dans le cerveau, selon une étude canadienne publiée dans Nature en 2011. Des bains chauds réguliers aideraient également à rééquilibrer notre rythme circadien, selon les chercheurs de l’université de Fribourg (Allemagne). Plusieurs stations de sports d’hiver (Morzine, La Clusaz, les Saisies), proposent même des cours de “snowga”, un yoga d’hiver originaire du Canada, à pratiquer dans la neige et en combinaison de ski.

CHIFFRES

45 min : Le temps minimum quotidien en plein air recommandé en hiver par l’OMS.

79 % des Français auraient recours à l’automédication en hiver, contre 49 % l’été.

200 : Le nombre de virus responsables de rhumes.

“La pollution intérieure est une menace sous-évaluée”

Interview d’Isabelle Bosse, allergologue et présidente du Syfal (Syndicat français des allergologues).

L’hiver, nos organismes sont-ils plus exposés à la pollution intérieure ?

C’est une menace sous-évaluée. L’hiver est la saison où nous sommes plus souvent à l’intérieur, dans des espaces plus chauffés mais aussi moins aérés du fait du froid extérieur. Or, c’est une saison où notre air intérieur peut être particulièrement pollué. Par des moisissures, par les composés organiques volatiles disséminés par nos produits d’entretien ou les éléments de combustion – bois de chauffage, bougies parfumées, encens. C’est également une époque où le taux d’acariens est le plus élevé – car l’hiver suit la période de ponte et multiplie d’autant leur présence. Tout cela peut provoquer des irritations des voies nasales et respiratoires, propres à déclencher ou aggraver des asthmes. Il est essentiel d’aérer régulièrement son domicile, particulièrement la chambre à coucher. Pour les personnes allergiques, nous recommandons de le faire au minimum 15 minutes matin et soir.

Quel peut être l’impact de la pollution extérieure ?

L’hiver est une saison où les pics de pollution sont nombreux – et il est démontré qu’ils entraînent une augmentation des hospitalisations pour crise d’asthme. Il faut donc être prudent ces jours-là. Mais la pollution aux particules fines a également un effet plus insidieux en s’agrégeant aux pollens, ce qui contribue à les rendre d’autant plus allergènes lors de la pollinisation.

Les personnes allergiques sont-elles plus vulnérables ?

Globalement, oui. Elles peuvent contracter plus facilement des rhumes – des études ont montré une proportion de rhinovirus plus importants chez les personnes allergiques que dans la population générale. Cela est dû à leurs muqueuses inflammatoires plus “poreuses” et moins résistantes aux virus. Attention également aux pollens : avec le réchauffement climatique, certains apparaissent plus tôt (bouleau, noisetier) et des patients consultent dès janvier, alors qu’avant les crises se déclenchaient plutôt en mars.

Par Régis de Closets, avec Agence Forum News

 

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